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Comme annoncé dans mon A propos, je publierai sur ce blogue, au gré de mes humeurs, quelques papiers parus sur Combats. En voici un, dans la catégorie «Les mots sont importants», pour reprendre le titre d’un excellent site.

Un mot a surgi, il y a quelques années, qui s’est imposé dans notre quotidien: «milliard». Au pluriel, de préférence. Un milliard, c’est mille millions. En chiffres: 1’000’000’000. Comment se représenter cette quantité?

Pendant des siècles, l’humanité a ignoré ce nombre, proprement inconcevable. Les «myriades» des Grecs anciens ne valaient que 10’000 et désignaient pour eux ─ et encore pour nous ─ une «quantité indéfinie et innombrable». Les suffixes «giga» (qui multiplient par un milliard) et «téra» (par mille milliards) ajoutés aux octets et aux wattheures ne sont pas des nombres, mais des analogies. Giga vient des gigantes (géants) qui ont échoué à déloger Zeus de son Olympe et les téras sont tout simplement des monstres. Quant aux «kyrielles», elles désignent une «longue suite de choses qui ne finissent pas», comme une litanie de Kyrie eleison à la messe.

Les nuits de Shéhérazade n’étaient que mille-et-une et il a suffi à Don Giovanni d’avoir eu mille e tre maîtresses pour forger sa réputation. Et même si le capitaine Haddock jurait par «mille milliards de mille sabords!», ouvriers et employés se contentaient d’un modeste «Je ne suis pas millionnaire!» devant une demande financière jugée trop élevée.
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Au départ, il y a ma volonté farouche de ne PAS SAVOIR ce que je ne sais pourtant que trop: l’épouvantable et massive destruction d’êtres vivants, considérés comme des choses, dans le délire de la production capitaliste. Images fugaces entrevues sur Internet de conduite de veaux à l’abattoir, camions bourrés de moutons sur l’autoroute, photos de montagnes de poissons sur le pont d’un bateau, débats sur le droit de détention de souris de laboratoire, descriptions d’usines de production de biftecks sur patte où les bovins ne voient pas un brin d’herbe, d’élevages de porcs destinés à la fabrication de médicaments, et tout et tout. Par millions, voire milliards, les animaux sont tués, dépecés, conditionnés, transformés par les industries en «produits» divers, pour le plus grand profit de l’accumulation capitaliste. Et simultanément, les millions de gens qui meurent de faim dans le monde.

Le fait de penser, même furtivement, à tout cela procure une nausée horrifiée. Mieux vaut fermer les yeux, se boucher les oreilles, se bloquer l’imagination. NE PAS SAVOIR. Parallèlement, les émissions télévisées animalières sur les espèces menacées, les reportages empathiques sur l’intelligence et la sensibilité animale, les films sur les oiseaux migrateurs ou les grands fonds marins se multiplient. Exactement comme pour la démocratie ou la nature: moins il y en a, plus on les piétine, plus la propagande dominante les encense. Dans les documentaires animaliers, je découvre que la pieuvre prévoit et se souvient, que les éléphants pleurent, que les guêpes se tordent de douleur sous le jet des insecticides, que les jeunes chauves-souris jouent, comme tous les petits mammifères. De nouveau: NE PAS SAVOIR, pour ne pas penser. Comme dit l’écrivain Daniel Pennac (je cite de mémoire): «Quelqu’un qui peut regarder le journal télévisé sans fondre en larmes n’a pas une sensibilité normale…»

Ensuite, il y a ces jeunes gens qui tiennent de drôles de stands au marché de Lausanne. Ils font signer des pétitions contre la détention d’animaux dans les cirques ou pour l’abolition de la consommation de viande. Des illuminés sentimentaux? J’ai aussi ludes articles de journaux rapportant que des militants antispécistes, en Angleterre, n’hésitent pas à pénétrer dans des laboratoires pour libérer des animaux, menacent de mort des patrons de l’agroalimentaire. Jusqu’en Suisse: l’urne de la mère du patron de Novartis a été volée ─ profanation ─ et le chalet de ce M. Vasella a été incendié. Ces militants sont-ils tous fous? L’amour des animaux leur fait-il perdre de vue le respect humain? Leur révolte contre la cruauté envers les animaux justifie-t-elle à leurs yeux une cruauté identique, révoltante et absurde, envers les humains jugés responsables?

Cette fois, j’ai voulu en savoir plus. Julien, membre de l’association LausAnimaliste, a accepté de me répondre longuement pour aller un peu au-delà de ces visions réductrices. Lire le reste de cette entrée »

Une pub à la radio française fait soudain dresser l’oreille. Pour vanter ses systèmes de sécurité, une banque interroge ses clients potentiels: savent-ils tout ce que les cambrioleurs l’ont amenée à découvrir pour mieux les protéger? Et les publicitaires, savent-ils qu’ils reprennent là une théorie de Karl Marx?

La citation est de mémoire, le café matinal n’avait pas encore produit tous ses effets. Pourtant, c’est sûr: une banque française retrouvait ─ spontanément, probablement ─ une théorie très amusante de Karl Marx sur la contribution des criminels au fonctionnement de la société, au développement de l’intelligence et à l’enrichissement de ceux qui le combattent. A propos des «bénéfices secondaires du crime», il a écrit, au détour  du quatrième livre de son grand œuvre, Le Capital, un chapitre tout à fait amusant, que je ne résiste pas à reproduire, dans une version légèrement raccourcie et  soulignant en gras les passages les plus croquignolets, afin de ne pas lasser le lecteur. Ce passage de Marx (tiré des «Théories sur la plus-value» dans le Capital livre IV) est assez connu, il a d’ailleurs a été diffusé tout récemment sur son site par la Fondation Copernic.  Lisez, cela en vaut la peine et c’est une occasion de vérifier que le petit père Marx n’est pas toujours aussi compliqué, ni surtout aussi dépassé que ses détracteurs le disent!

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