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Il faut les prendre jeunes, très jeunes si possible. La Migros a compris. Après avoir distribué des cartes de jeux, des billes, la voilà qui remet gracieusement, pour chaque achat parental de 20 francs suisses, des «nanos». Ça ne vous fait penser à rien, le préfixe «nano»?

C’est vachement sympa, les nanos, si l’on en croit le communiqué de presse de la plus grande «coopérative à but social», ce qui fait d’elle, avec ses 2 millions de Suisses coopérateurs membres, «une chaîne de supermarchés possédée par ses consommateurs», comme dit Wikipedia. C’est aussi un «conglomérat d’entreprises suisses actives dans le secteur de la grande distribution» qui domine tout, ou presque, en matière de produits de consommation courants. Personne n’échappe à la Migros. On y trouve de tout, de la serpillière à l’ampoule basse consommation, en passant par la culture, la banque, les voyages. les asperges du Pérou, les soutiens-gorge «éco» fabriqués en Chine, les ordinateurs et les huiles de bagnole. Il y a des succursales dans chaque quartier, elle a même un site de vente en ligne, tout le monde achète à la Migros, de bonne grâce ou contraint et forcé. Seuls ceux qui produisent pour la Migros font la grimace, mais c’est une autre histoire. Lire la suite »

Après le terrible vote de la majorité des Suisses pour expulser les « criminels étrangers », outre les manifestations, un peu d’humour et de poésie ne peuvent pas faire de mal. C’est ma sœur, enseignante dans un collège bourré d’enfants « étrangers », donc de toutes les couleurs, qui a retrouvé ce poème de Jacques Prévert et l’a affiché sur la porte de la salle des professeurs. Un vraie bonne idée.

Etre ange

Etre ange

c’est étrange

dit l’ange

Etre âne

c’est étrâne

dit l’âne

Cela ne veut rien dire

dit l’ange en haussant les ailes

Pourtant

si étrange veut dire quelque chose

étrâne est plus étrange qu’étrange

dit l’âne

Etrange est

dit l’ange en tapant des pieds

Etranger vous-même

dit l’âne

Et il s’envole

 

Jacques Prévert, Fatras, Ed. Folio

C’est un beau mot, confiance. Terme évoquant la sécurité, la loyauté, l’abandon à l’autre dont on sait qu’il ne trahira pas, il parle aussi de courage, de la force donnée par confiance en soi. Composé de cum, avec, et du vieux français fiance (qui a donné fiancé, fiançailles), il est dérivé du latin fides, foi, croyance, créance, crédit.

Cependant, en ces temps de crise économique qui met les Etats à genoux, la confiance semble réservée aux marchés financiers. Il faut rassurer ces derniers, sous peine de cataclysme. Tous les bien pensants s’en barbouillent les lèvres comme de confiture. Tous psalmodient le credo d’un maître, le «socialiste» Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) : «Ce qu’il faut avant tout dans un moment comme celui-ci, c’est rétablir la confiance dans les marchés et rassurer les investisseurs….» Pas la confiance des peuples certes! Et l’on songe à Mme de Staël disant que que la foi, cette confiance poussée à son extrême, c’est aussi et surtout une adhésion ferme «à une chose révérée comme un culte». Lire la suite »

Bandeau_portail_les-femmesÇa m’énerve, cette histoire de burqa qui vient à point, en France, pour divertir le bon peuple rendu hagard par les incessantes cruautés inventées par son omniprésident. En plus, évidemment, cela donne de nouveau l’occasion à certains de dire n’importe quoi. Non tant sur l’oppression des femmes, mais sur «l’incapacité civilisationnelle» des autres, les «pas comme nous»…

Commençons par quelques précautions oratoires : je suis féministe depuis que je me connais, militante (à gauche, cela va sans dire, mais je le dis) depuis à peu près aussi longtemps. Je hais les machistes, les mâles autoritaires qui savent mieux que les femmes ce qui est bon pour elles. Mais je hais tout autant les faux-culs qui utilisent le féminisme pour distiller des discours hostiles ─ et commettre des actes du même tonneau, tant qu’à faire ─ contre tous ceux qui ne sont pas de bons Occidentaux mâles, blancs, bourgeois, hétéros. Lire la suite »

180px-Klassischer-FlegelPas de surprise: le 4 juin dernier, après le Conseil fédéral et le Conseil national, le Conseil des Etats a recommandé au bon peuple suisse de rejeter l’initiative populaire du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) visant à interdire l’exportation de matériel de guerre. Nous irons donc voter selon notre conscience et, je l’espère, contre les directives gouvernementales.

Pour rappel: aujourd’hui, la Suisse vit sous le régime de la Loi sur le matériel de guerre, autorisant l’exportation de ce matériel si cela ne contrevient pas au droit international. La Suisse a évidemment signé et ratifié un certain nombre de conventions internationales sur la question, mais ne les respecte pas toutes.

Selon les journaux, le dilemme auquel devaient répondre les sénateurs et autres «responsables politiques» était le suivant: soit continuer à vendre des armes et d’autres produits de haute technologie pour permettre aux ouvriers, ingénieurs, informaticiens, directeurs, et autres personnes qualifiées de garder leur postes dans les entreprises concernées (et aux actionnaires de préserver leurs dividendes, mais bizarrement cet argument n’a pas été évoqué). Ce choix a un prix (tout petit), évidemment: contribuer ─ indirectement, la Suisse est neutre ─ à ce qu’un certain nombre (un nombre certain) de gens, surtout des civils, soient hachés en petits morceaux sanglants sous leurs maisons détruites  (liste non exhaustive). Ici ou là, mais surtout là-bas. Soit, autre terme de l’alternative, renoncer à ce commerce et risquer de mettre plus de 5000 personnes au chômage. Totalement inconcevable. Lire la suite »

2325349553_4274d23799_oCes jours, un procès s’est ouvert au Cambodge pour juger les crimes du régime khmer rouge. Un tortionnaire, M. Kaing Guek Eav, ancien professeur de mathématique et bureaucrate zélé, âgé aujourd’hui de 66 ans, comparaît pour répondre de la mise à mort par tortures d’au moins 12’000 personnes, nous explique la presse. Unanimes, parlant d’une seule et unique voix, les médias, les journaux, la télévision, ainsi que divers témoins et experts (je mets à part les survivants, évidemment), rappellent la monstruosité du régime du Kampuchéa démocratique. Celui-ci, dirigé par Pol Pot et ses complices entre 1975 et 1979, arrivé au pouvoir juste après la défaite des Etats-Unis au Vietnam, aurait fait 1,7 millions de victimes, selon l’évaluation officielle. (Si je mets la phrase au conditionnel, ce n’est pas pour nier les crimes, mais pour indiquer que les chiffres, dans ce genre de drames, sont toujours un peu approximatifs, faute de moyens de parvenir à des décomptes exacts.)

Ce procès, comme d’autres qui ont eu lieu il y a quelques années contre d’autres dirigeants khmers rouges, est l’occasion de rappeler l’histoire du génocide au Cambodge à ceux qui n’étaient pas nés en 1975. Mais, étrangement, ce n’est pas une occasion de rappeler la guerre menée pendant plus de dix ans par les Etats-Unis dans le Sud-Est asiatique, frappant non seulement le Vietnam, mais aussi le Cambodge et le Laos, et qui a précédé a prise du pouvoir par les Khmers rouges. Lire la suite »

cupC’était dimanche, 11 janvier. Un jour où, exceptionnellement, nous n’avions pas honte de notre gouvernement helvétique. Nous pouvions presque être fiers: la Suisse, par son Département des affaires étrangères (DFAE), soutient la demande d’une réunion extraordinaire du Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur la situation à Gaza. C’était sans compter avec la presse, en l’occurrence la Radio suisse romande La Première, au journal de 12h30.

Sous couvert d’objectivité, probablement (mais les journalistes croient-ils eux-mêmes à cette supercherie), le journal ─ qui a consacré quand même 2 minutes 55 secondes au sujet ─ a non seulement traité l’initiative suisse par-dessous la jambe, mais a fait une place de choix aux propos de l’ambassadeur d’Israël, couronnant le tout en donnant les résultats d’un sondage bidon, voire bidonné. Que même un enfant de cinq ans comprend tout de suite que c’est du foutage de gueule.

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dechetteriesCes jours, les Lausannois ont reçu leur Calendrier des ramassages des déchets ménagers 2009, un opuscule très détaillé édité par le Service d’assainissement de la Ville de Lausanne et imprimé sur papier recyclé, comme il se doit.

L’objet de ce billet n’est cependant pas de faire la publicité ─ même si c’est très bien ─ des 21 déchetteries mobiles qui permettront, plusieurs fois par an, aux habitants des quartiers de jeter les objets ne trouvant pas place dans les conteneurs ordinaires.

Non, ce qui me pousse à m’emparer du clavier, c’est le petit éditorial introductif de ce calendrier, signé par Olivier Français, Directeur des travaux à la Municipalité de Lausanne, le «ministre des déchets», en quelque sorte. Rédigé dans le style inimitable du conseiller municipal, ce petit texte est une leçon de libéralisme. Néo, le libéralisme, évidemment.

Même quand il semble s’occuper de «protection de l’environnement», ou du moins de recyclage des déchets, M. Français fait dans la propagande politique pour son Eglise à lui. L’analyse fut longue et délicate, elle a exigé une bonne tête, comme chaque fois qu’il faut débusquer les fausses évidences, et un appui (léger) sur des maîtres comme Jacques Ellul* ou Michel Foucault**. En effet, nous baignons tellement dans l’idéologie libérale que nous ne remarquons plus les énormités proférées. Il faut vraiment que ça pue bien fort une nouvelle odeur pour prendre conscience des miasmes ambiants. Là, ça ne pue pas plus que d’hab, c’est juste l’ordinaire, d’où la difficulté. Et sans doute, Olivier Français ignore-t-il lui-même qu’il produit de la pensée néolibérale à jet continu. Lire la suite »

Deux jours avant le lancement à Lausanne, par attac-Vaud, le syndicat comedia, Le POP & Gauche en mouvement, solidaritéS et A Gauche Toute!, de l’initiative vaudoise «pour le droit à un salaire minimum», un titre de 24 Heures du 3 avril 2008 me jetait dans la sidération: «Les salariés suisses s’estiment bien payés». C’était à la rubrique «Economie», et le sous-titre était «Enquête». Bigre.

Devant une telle assertion, j’avais le choix entre deux, voire trois hypothèses. Un: le correcteur a laissé passer une coquille. Deux: les Suisses sont victimes de la même illusion que les salariés américains sondés pour Time Magazine et CNN en 2000, dont 19% pensent faire partie du 1% des Américains les plus riches, tandis que 20% estiment que ça ne saurait tarder. Trois: l’article, voire le sondage, ne sont pas fiables. Lire la suite »