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Comme annoncé dans mon A propos, je publierai sur ce blogue, au gré de mes humeurs, quelques papiers parus sur Combats. En voici un, dans la catégorie «Les mots sont importants», pour reprendre le titre d’un excellent site.

Un mot a surgi, il y a quelques années, qui s’est imposé dans notre quotidien: «milliard». Au pluriel, de préférence. Un milliard, c’est mille millions. En chiffres: 1’000’000’000. Comment se représenter cette quantité?

Pendant des siècles, l’humanité a ignoré ce nombre, proprement inconcevable. Les «myriades» des Grecs anciens ne valaient que 10’000 et désignaient pour eux ─ et encore pour nous ─ une «quantité indéfinie et innombrable». Les suffixes «giga» (qui multiplient par un milliard) et «téra» (par mille milliards) ajoutés aux octets et aux wattheures ne sont pas des nombres, mais des analogies. Giga vient des gigantes (géants) qui ont échoué à déloger Zeus de son Olympe et les téras sont tout simplement des monstres. Quant aux «kyrielles», elles désignent une «longue suite de choses qui ne finissent pas», comme une litanie de Kyrie eleison à la messe.

Les nuits de Shéhérazade n’étaient que mille-et-une et il a suffi à Don Giovanni d’avoir eu mille e tre maîtresses pour forger sa réputation. Et même si le capitaine Haddock jurait par «mille milliards de mille sabords!», ouvriers et employés se contentaient d’un modeste «Je ne suis pas millionnaire!» devant une demande financière jugée trop élevée.
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800px-winslow_homer_-_croquet_players«Oui, mais toi, tu es contre le sport.» Cet ami m’a lancé cette petite phrase ─ que j’entends assez souvent ─ lors d’une discussion sur une manifestation sportivo-publicitaire organisée récemment dans la vieille ville de Lausanne. Nous étions d’accord pour trouver déplorable la décision de la Municipalité d’autoriser ce marchand de limonade à construire une piste de glace, ainsi que ses arguments («C’est du sport, et ça plaît aux jeunes»). Mon ami ne m’a pas dit que mon opposition à l’exhibition ─ qui, parait-il, a rassemblé 40’000 personnes dans la liesse ─ avait moins de valeur parce que je suis «contre le sport». Mais peut-être n’en pensait-il pas moins?

Toujours est-il que sa remarque m’a plongée dans des abîmes: suis-je contre le sport? Je ne crois pas. Mais, je le confesse, le sport ne tient aucune place dans ma vie ni dans mon espace mental, et cela depuis ma prime jeunesse. J’ai beaucoup aimé nager, faire de la gymnastique, des courses en (petite) montagne, partir en randonnée de plusieurs jours, sac au dos, à pied ou à vélo. Aujourd’hui, sexagénaire, je me contente de passer la débroussailleuse, bêcher, sarcler, désherber, me balader avec mes chiens. C’est une activité physique, pas du sport.

Le sport ne m’intéresse pas. Je suis incapable de citer les tournois qui se déroulent pourtant dans ma ville. Je ne mémorise pas les noms des champions de quelque sport que ce soit, même quand ils viennent faire les guignols sur le plateau d’un talk show télévisé. Je zappe dès que trois images de match de foot passent sur mon écran TV. Je n’accorde pas un regard aux pages sportives des journaux. Je ne repère la tenue d’Athlétissima que parce que la manifestation se clôt par un superbe feu d’artifice, qui jette ma chienne, terrifiée, dans le mince espace entre la baignoire et la cuvette des toilettes. N’ayant pas eu d’enfants, je n’ai pas tenu le rôle de supporter inconditionnel au bord d’un stade où ma progéniture tapait dans un ballon.

Peut-on déduire avec certitude de cette indifférence épaisse que je suis contre le sport? Lire la suite »

limoges

Dénoncée sur ce blogue en janvier dernier, puis début décembre, l’arnaque à la porcelaine croît et embellit dans de nombreuses villes de France, de Suisse et de Belgique. Le commentaire d’un lecteur suisse alémanique mentionne que les bonimenteurs se sont même mis au schwytzertütsch pour mieux arnaquer les personnes âgées de Muttenz, dans la banlieue de Bâle! Vu la difficulté de cette langue (à moins que les «porcelainiers» n’aient recruté en Alsace voisine, qui parle à peu près le même dialecte), c’est dire si l’affaire est juteuse et digne d’efforts…

Mais les résistances s’organisent et les avertissements se multiplient sur le web. Suffisamment en tout cas pour titiller l’intérêt d’une journaliste de Canal +, qui travaille actuellement à une enquête. Elle demande instamment que les personnes qui ont été témoin ou victimes d’arnaques à la porcelaine et qui ont écrit des commentaires sur ce blogue de prendre contact avec elle par courriel. Une erreur de retranscription m’a fait indiquer une fausse adresse dans un des billets. Qu’elle m’en excuse, et tous ceux qui ont peut-être essayé vainement de la joindre. La bonne adresse, c’est: sophiebonnet@hotmail.com.

Crédit image: merci à Innocent, mon complice dans cette affaire, de me prêter cette photo de l’assiette «de collection» reçue en cadeau au Beau-Rivage.

Cette fois, ils ont été interrompus en pleine action ! Les vendeurs itinérants de la société Porcelaine de France Limoges ─ un clone des Marquises de France, sans doute ─ ont dû remballer leur matériel et leur rengaine, sur l’ordre des inspecteurs de la Police du commerce de Lausanne. Dénoncée sur ce blogue en janvier dernier, l’arnaque à la porcelaine croît et embellit dans de nombreuses villes de France, de Suisse et de Belgique. Mais les résistances et les avertissements s’organisent, aussi. Et Canal + travaille actuellement à une enquête. Lire la suite »

Il y a deux ou trois semaines, un article du Temps s’émouvait (1): les jeunes portent de moins en moins de montres au poignet. Plus de deux tiers des adolescents états-uniens regardent l’heure sur leur téléphone portable. Est-ce inquiétant pour l’horlogerie suisse, docteur?

Si mes souvenirs sont bons, l’article concluait que non: la pression sociale impose la montre, donc pas de souci, il n’y a rien à craindre de la concurrence des portables. Et la gazette des «classes moyennes» – comme ils disent – de convoquer quelques experts pour confirmer cette analyse. Le patron d’une fabrique de montres de luxe, l’inévitable fils Hayek (le marchand de montres, pas le théoricien autrichien du libéralisme pur, qui d’ailleurs se prénommait Friedrich et avait une particule devant son patronyme), et le conservateur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel. Tous diagnostiquent que les tocantes se portent comme le Pont Neuf. Tant mieux. Lire la suite »

L’appartement que je loue est mis en vente. Mon propriétaire, une régie immobilière de Genève qui a déjà défrayé la chronique pour des pratiques bizarres au bout du lac (du moins je suppose que c’est elle, la propriétaire) a acheté l’immeuble où j’habite depuis bientôt quinze ans. C’est une maison charmante construite au tout début du XXe siècle, un peu délabrée, mais pleine de prestance et de charme. Le but du propriétaire est évidemment d’en faire ce qu’on appelle élégamment «un immeuble de rapport» et d’en tirer le maximum de fric possible. C’est autorisé, c’est même encouragé par les valeurs dominantes, pourquoi se gêner? Lire la suite »

Je viens de trouver ce billet sur le blogue « Crise dans les médias« , que je m’empresse de reprendre.

« Le blog, source d’inspiration pour les journalistes: 75% des journalistes utilisent les blogs pour trouver des idées de sujets, selon une étude réalisée récemment aux Etats-Unis (en anglais). En revanche, ils commentent rarement les blogs. Cette étude est sans doute transposable à la France. De plus, environ 30% des journalistes tiennent eux-même un blog.

Les journalistes consultent des blogs pour trouver des idées, des angles, des points de vue originaux. 75% reconnaissent que les blogs leur fournissent des idées de reportage ou des idées d’angle pour traiter un sujet, 70% des journalistes lisent régulièrement une liste de blogs, 21% passent plus d’une heure à lire des blogs. 57% en lisent 2 à 3 fois par semaine.

Les journalistes sont aussi sur les réseaux sociaux. 16% ont leur propre page sur un réseau social 48% lisent des blogs mais se ne commentent presque jamais.« 

Et, pendant qu’on y est, voici une citation tirée de Black List, recueil de témoignages de journalistes américains, rassemblés par Kristina Borjesson (1). Le journaliste qui parle s’appelle Philip Weiss: « J’ai vu la culture journalistique muter en profondeur. Les salles de rédaction se sont mises à ressembler de plus en plus aux bureaux d’une compagnie d’assurances (…) Lorsque j’ai commencé ma carrière, les journalistes ne ressentaient aucune affinité pour un avocat ou un politique. Ils s’identifiaient à la classe moyenne. Aux subalternes. la défiance envers l’autorité était considérée, chez eux, comme une qualité. Aujourd’hui, l’ensemble de la profession condamne cette approche, qu’elle juge inconvenante… et risquée. »

Que ceux qui aiment les histoires, les mystères, le dessous des cartes, lisent ce livre. Ce n’est pas parce qu’il n’est pas tout récent qu’il ne vaut rien, au contraire. D’ailleurs, un de ses chapitres est une introduction savoureuse à la « sabord’édition ». Ou comment l’édition édite des livres tout en les censurant.

(1) Kristina Borjesson, Black List, Quinze grands journalistes américains brisent la loi du silence, Ed. Les Arènes, Paris, 2003.

Il y a une semaine, grâce à l’ami d’un ami, j’ai eu l’occasion de pratiquer l’observation participante (comme disent les ethnologues) lors d’une manifestation commerciale ressemblant diablement à une arnaque : la présentation de sa collection 2008 de porcelaine de Limoges par la société « Les Marquises de France », au Beau-Rivage Palace de Lausanne. Quelques recherches sur Internet et dans les textes de loi suisses m’ont convaincue que le procédé est connu. En France, il s’appelle joliment « vente à la perruque », car le prix des articles est caché (comme le crâne nu du chauve). Du coup, j’ai pris contact avec le bureau spécialisé dans le fair business du Département fédéral de l’économie (seco), qui va s’informer plus amplement sur les pratiques de ces vendeurs d’assiettes très entreprenants. Et qui n’hésitent pas, pour attirer l’amateur, à s’installer pour une matinée dans un palace luxueux.

Tout frais, un ajout de décembre 2008: les vendeurs sont revenus dans l’hôtel voisin (et propriété du même), l’Hôtel d’Angleterre à Lausanne.  Mal leur en a pris, leur vente a été interrompue par la police! D’autre part, les dénonciations de ces arnaques à la porcelaine se multipliant sur divers sites et blogues, une journaliste de Canal + a entrepris une enquête. Elle a pris contact avec mon coéquipier et moi. J’ incite vivement les personnes qui ont fait des expériences semblables à la nôtre à la contacter par mail à l’adresse: sophiebonnet@hotmail.com.

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