Le 12 janvier, sous le titre de «Glaciation balte», j’inaugurais ce blog par un billet tout à fait déprimant : le funeste projet du Parlement lituanien de suivre l’exemple polonais et d’interdire l’avortement. Rappelons qu’aujourd’hui encore – et souhaitons-le pour toujours – les femmes lituaniennes peuvent interrompre leur grossesse tout à fait légalement. Faute d’une diffusion suffisante des méthodes contraceptives, due aussi à la privatisation galopante de la santé (et peut-être aussi héritage historique des pratiques soviétiques), le recours à l’avortement est encore assez répandu comme contraception à posteriori. Il y a donc fort à parier que la majorité des femmes lituaniennes ne sont pas opposées à l’avortement, d’une part, et que beaucoup d’entre elles souffriraient gravement d’une interdiction imposée par les milieux réactionnaires.

Malgré un silence presque total des médias sur cette nouvelle, et grâce à l’opiniâtreté du réseau féministe de la gauche européenne, la nouvelle a filtré suffisamment pour émouvoir quelques élus européens. Ils ont envoyé une lettre au président du Parlement de la république de Lituanie.

J’en traduis ci-dessous l’essentiel :

Bruxelles, janvier 2008

«Nous, membres soussignés du Parlement européen, vous écrivons cette lettre pour exprimer notre préoccupation envers la possible adoption, par votre Parlement, d’une loi contre l’avortement.

Nous avons appris qu’avant les vacances d’hiver, le Parlement lituanien a adopté en première lecture une loi anti-avortement qui sera discutée et votée lors de votre session de printemps.

Nous souhaitons vivement attirer votre attention sur les conclusions de la Conférence internationale sur la population et le développement, tenue au Caire en 1994, et sur la plateforme de Pékin. Elles ont confirmé que les droits sexuels et procréatifs des femmes sont des droits humains.

Nous aimerions souligner les conséquences négatives de l’adoption éventuelle de cette loi. Nous partageons la position de Mme Marija Aušrinė Pavilionienė, présidente de la commission parlementaire pour les droits à la santé de la procréation, la population et le développement, qui a déclaré que cette loi « viole le droit humain d’une femme à décider de son corps et de quand et combien d’enfants elle veut avoir ».

Par conséquent, nous, parlementaires européens, nous vous pressons de renoncer à adopter cette loi, qui signifierait un sérieux retour en arrière pour les droits des femmes à la santé de la procréation en Lituanie.

Nous appelons les membres du Parlement lituanien à refuser toutes les propositions qui tendent à limiter les droits humains des femmes : leur droit à la vie, à la santé et à la dignité. »

Suivent les signatures de quelque 70 parlementaires, dont beaucoup d’hommes. Comparé aux 785 élus à Bruxelles, 70, c’est à peine un dixième. Il n’empêche: leur lettre est très bien. Ce qui est terrible, c’est qu’il faille l’écrire aujourd’hui. Pendant quelques décennies, quelque part entre 1960 et 2000, les femmes américaines et européennes ont cru qu’elles avaient gagné, que le droit de choisir de donner la vie leur était acquis, une fois pour toutes. Elles savaient bien – nous savions bien – que ce droit, toutes les femmes n’en jouissaient pas encore sur toute la terre. Mais elles étaient sûres – nous étions convaincues – que cela viendrait un jour, pour toutes, il suffisait non pas d’attendre, mais de faire confiance aux luttes et au temps.

Mais non, rien n’est jamais acquis, apparemment. Hier, des femmes sont descendues dans la rue à Rome pour défendre leur droit à l’avortement, acquis pourtant en 1978, et constamment remis en cause par l’Eglise catholique. Les ennemis des droits des femmes – ceux qui aiment l’inégalité – n’ont jamais désarmé. Ils attendaient seulement leur heure.

Il paraît qu’aux Etats-Unis, les « néo-cons », c’est-à-dire l’extrême-droite nord-américaine, ont assuré leur assise électorale dans les couches populaires, les ouvriers, les petits paysans, les employés pauvres, en développant deux thèmes politiques sensibles: les baisses d’impôts et l’avortement. Ils tentent la même chose en Europe. Ne les laissons pas faire !

Ajout de dimanche 17 janvier:

Céleste, sur son blog, raconte la lutte des femmes italiennes. Allez voir!

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