En Allemagne, la guerre au terrorisme a fait une nouvelle victime. Et peut-être même deux, voire trois. Un professeur de science politique et militant altermondialiste et un juge. Le premier a été jugé pour avoir appelé à braquer une banque avec des pistolets en chocolat. L’autre n’a pas craint le ridicule en le condamnant sévèrement. Quant au droit de manifester, il a pris un nouveau vol de plomb dans l’aile.

La guerre sans fin contre le terrorisme et la subversion rend fou, à première vue. En réalité, partout hélas, et même à Lindau, petite ville de Bavière au bord du lac de Constance, cette guerre permet de limiter, voire d’annuler, le droit de manifester publiquement et collectivement des critiques au gouvernement. C’est le quotidien junge Welt qui rapporte sobrement l’affaire.

Un professeur de science politique à la retraite, Peter Grottian, a été condamné à 60 jours amendes, soit 3900 euros, pour avoir appelé, lors d’une manifestation d’Attac le 2 juin dernier, à attaquer des filiales de la Deutsche Bank dans une douzaine de villes d’Allemagne avec des pistolets en chocolat. Le tribunal y a vu une « incitation publique à commettre un délit », selon l’article 111, alinéa 2 du Code pénal.

L’affaire était remontée aux oreilles du juge parce qu’une journaliste, au courant des projets funestes des manifestants, avait pris contact avec la direction de la banque et avec la police pour leur demander leur sentiment sur cette occupation confisière. Le juge n’aurait peut-être pas trouvé tout seul qu’il y avait là une grave menace sur l’ordre public. Heureusement, la journaliste zélée avait glissé dans son article qu’un tel appel pourrait valoir des sanctions pénales aux manifestants. Sitôt fait, sitôt dit, Basile est un dégourdi, le tribunal local s’est emparé de l’affaire.

Pourtant, après les milliards accordés aux banques par le gouvernement en même temps qu’il taillait dans les budgets sociaux et la formation, les manifestations se sont multipliées en Allemagne, et les occupations symboliques des établissements bancaires en faisaient fréquemment partie. Par exemple, en 2009, lors du mouvement étudiant qui a mobilisé dans toute l’Allemagne. Là, aucune sanction pénale. Même la Deutsche Bank n’a pas pris l’affaire au tragique. Elle était au courant de la manifestation et a informé qu’elle entretenait depuis longtemps déjà un «dialogue ouvert» avec des organisations comme Attac. Elle n’avait nullement prévu d’expulser les manifestants par la force. A partir d’une prudente évaluation des risques, probablement. Nettoyer les fauteuils de cuir de l’espace d’accueil de la banque aurait pu lui coûter cher.

Evidemment, le professeur altermondialiste a fait recours contre la sanction. Parce que 60 jours-amende, c’est beaucoup pour quelques pistolets en chocolat. Surtout si on sait qu’en Allemagne, en général, l’ivresse grave au volant en coûte 30, un faux dans les titres 50 et qu’un salut hitlérien est taxé à 25 jours-amende. Ah, mais c’est que le professeur est un « délinquant idéologique » (sic) ! Pire : il n’exclut pas du tout de récidiver et d’appeler encore ses concitoyens à la désobéissance civile. Pour le juge, cela suffit à justifier une condamnation préventive.

On rigole, là. On se dit que si le ridicule tuait, de nombreux juges seraient morts. Mais c’est bien le droit de manifester qui est tué progressivement… Et les pistolets en chocolat n’ont rien à voir dans l’histoire.

 

Image: Les effets du chocolat sur la santé

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