«Employabilité»: voilà un mot au cœur de la révision de la Loi sur l’assurance chômage. Un mot que nous devrons critiquer vigoureusement au cours de la campagne référendaire, afin de la renvoyer à leurs auteurs le 26 septembre prochain. Car être employable, au sens de cette loi, c’est accepter sans protester de se faire exploiter.

Apparu probablement dans les années 1980, en même temps que d’autres mots épouvantables du management néolibéral, comme «profitabilité», «efficience», «finaliser», «valider», «équité», «droizédevoir», l’employabilité désigne «les capacités d’une personne à se maintenir dans un emploi ou à en trouver un». D’abord réservé à certaines catégories de la population, en particulier les personnes handicapées physiques et mentales ou les chômeurs de longue durée, le mot s’est imposé au fur et à mesure que les assauts des classes dominantes et des gouvernements pour généraliser la flexibilité du «marché du travail» gagnaient du terrain. Désormais, il nous concerne tous. A chacun et chacune de prouver qu’il est «employable». Et donc, peut-être, «inemployable», autrement dit inutile, un déchet même pas recyclable, à jeter.

Que disent les officines faussement savantes mais vraiment lucratives qui s’occupent de tester l’employabilité des sans-emploi et prétendent la renforcer ? Elles précisent que l’employabilité est la capacité d’un salarié à conserver ou à obtenir un emploi «dans sa fonction ou dans une autre fonction, à son niveau hiérarchique ou à un autre niveau». Manière de dire que la notion de «travail convenable», comme la «précarité» qui l’accompagne pour cause de destruction des protections sociales et de l’emploi, sont les sœurs de l’employabilité!

Par voie de conséquence aussi, moins il y a de travail, plus le «profil d’employabilité» est exigeant. Ce qui ne peut que faire plonger ceux qui ont le profil busqué et donner du boulot aux boîtes à réinsertion privées (tout ça de chômeurs en moins). Les plus cheap proposent des cours de recherche d’emploi et de rédaction de curriculum vitae pleins de couleurs et de mises en page illisibles, font travailler les chômeurs sur la base de jeux de rôles et de schémas fléchés sur de grandes feuilles de papier. D’autres font dans le genre boxeur, comme ce site, qui vend du «coaching personnalisé» reposant entre autres sur une stratégie d’«attaque du marché».

Les stagiaires à «réinsérer» y apprendront qu’il faut être ponctuel, bien s’habiller, être assidu au travail, faire montre d’enthousiasme même en triant des ordures ou en nettoyant tard le soir les bureaux en désordre des cadres, tolérer les frustrations, «faire son deuil» de sa situation antérieure, bien communiquer avec ses supérieurs et les clients, comprendre les ordres implicites de l’entreprise (par exemple accepter des heures supplémentaires non payées). Une entreprise bien bonne de d’héberger (temporairement) l’impétrant.

Au salarié de faire la preuve qu’il se laissera exploiter sans protester, qu’il acceptera un travail précaire, en dessous de sa formation et de ses compétences, nécessitant de longs trajets matin et soir, pour un salaire inférieur à ce qu’il a pu gagner dans ses précédents emplois.

Bref, l’employabilité ne semble pas tant demander du «savoir-faire» mais plutôt du «savoir-être» — ce synonyme moderne d’«obéissance».

Image empruntée sur le site d’APEIS (Association pour l’emploi, l’information et la solidarité des chômeurs et travailleurs précaires)

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