C’est un beau mot, confiance. Terme évoquant la sécurité, la loyauté, l’abandon à l’autre dont on sait qu’il ne trahira pas, il parle aussi de courage, de la force donnée par confiance en soi. Composé de cum, avec, et du vieux français fiance (qui a donné fiancé, fiançailles), il est dérivé du latin fides, foi, croyance, créance, crédit.

Cependant, en ces temps de crise économique qui met les Etats à genoux, la confiance semble réservée aux marchés financiers. Il faut rassurer ces derniers, sous peine de cataclysme. Tous les bien pensants s’en barbouillent les lèvres comme de confiture. Tous psalmodient le credo d’un maître, le «socialiste» Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) : «Ce qu’il faut avant tout dans un moment comme celui-ci, c’est rétablir la confiance dans les marchés et rassurer les investisseurs….» Pas la confiance des peuples certes! Et l’on songe à Mme de Staël disant que que la foi, cette confiance poussée à son extrême, c’est aussi et surtout une adhésion ferme «à une chose révérée comme un culte».

Les marchés sont donc devenus des entités divines. Présentés comme des monstres à deux visages, à la fois irrationnels et avides de sang, ils seraient aussi les uniques détenteurs de la baguette magique, seuls capables de sauver les peuples du monde grâce à la croissance à n’importe quel prix. Les dévots du marché ─ adeptes d’un culte qui, s’il était pratiqué par d’autres, serait qualifié de «primitif» ─ se prosternent devant eux sur les ondes et dans la presse aux ordres. Les marchés, c’est Kâli,  la grande déesse mère hindoue, destructrice et créatrice, qui tient une tête décapitée dans une main et dans l’autre une épée.

Moraliste du 17e siècle français, François de La Rochefoucauld ne pensait pas aux marchés quand il écrivait que «la confiance plaît toujours à celui qui la reçoit: c’est un tribut que nous payons à son mérite; (…) ce sont des gages qui lui donnent un droit sur nous, et une sorte de dépendance où nous nous assujettissons volontairement». La phrase pourrait parfaitement s’appliquer aux reptations ridicules des Merkel, Sarkozy, et autres Merz et Calmy-Rey. Ces petits barons et baronnes se vautrent avec volupté dans la dépendance, espérant que les dieux du marché accepteront leurs gages. Pour des gouvernements qui ont fait de l’autonomie des individus la valeur obligée des «sociétés avancées» (!) c’est comique!

Comique, mais effrayant pour les peuples, sommés de voir sans moufter diminuer leurs salaires, brader leurs retraites, massacrer leurs services publics, augmenter les prix des loyers et des biens de première nécessité….La confiance est faite pour les marchés financiers, pas pour les populations.

Pour l’instant, les peuples, sonnés par plans d’austérité qui les dépouillent, ne manifestent pas encore la légitime méfiance dont ils doivent faire preuve. Pourtant cette méfiance ─ cette disposition à soupçonner le mal ─ pourrait bel et bien, un jour, se transformer en assurance et en courage. En confiance dans leur force.

Ce billet paraîtra aussi dans le No 73 de Résistance le 16 juin 2010.

Image sous licence Wikicommons: Représentation de la déesse Kâli.

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