permessobig1giu2009Qui s’intéresse encore à la Journée mondiale des réfugiés?  C’est typiquement le genre de journée alibi, comme la Journée des femmes, la Journée des handicapés, la Journée du cheval, etc, dont tout le monde se fiche, simple prétexte à des discours de circonstance. Depuis 2001, année de son invention, la situation n’a fait qu’empirer: les «personnes déplacées», comme on disait dans les années cinquante, sont de plus en plus nombreuses. Selon le rapport Global trends diffusé par le Haut commissariat aux réfugiés, 42 millions de personnes ont été contraintes par les guerres et les persécutions de fuir leur pays en 2008. Les pays riches édictent des lois de plus en plus cruelles et inhumaines pour les empêcher d’entrer, ou les laisser carrément crever de faim lorsque l’appareil administratif et juridique leur a décerné une non-entrée en matière, faisant d’eux ce que la Suisse appelle élégamment des NEM.

Les citoyens desdits pays «forteresse» affichent leur indifférence.  La journée passe donc largement inaperçue, seules les églises et les associations de défense des réfugiés lancent quelques actions. Ainsi, à Vevey, les Eglises protestantes organisent des «Cercles de silence».

Traditionnellement, les journalistes se fendent de quelques lignes bourrées jusqu’à la gueule de clichés humanistes. Je suis sûre que même Mme la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumf, l’autrice, après son pote Blocher, du dernier durcissement des lois «contre l’asile et contre les étrangers», va nous gratifier ─ si ce n’est déjà fait ─ d’un discours gorgé d’hypocrites bonnes intentions. Du style: «C’est vrai, la vie est dure pour ces pauvres réfugiés, mais ce serait une erreur de penser que plus d’hospitalité les aiderait… Non, non, cela ne ferait qu’empirer leur situation!» Ou quelque grossier mensonge approchant…

Or donc, les Italiens aussi vont célébrer la Journée mondiale des réfugiés. Les Italiens sont catholiques. Ils n’ont pas de chance, ils ont le pape. Un affreux bonhomme, ce Benoît XVI (prononcer Bénoïte Ixvii, selon mon voisin basque), qui s’oppose par exemple aux études genre, parce que «l’Eglise (…) demande que l’ordre de la création soit respecté». Pour respecter la création, il est évidemment aussi contre le préservatif, malgré la propagation du VIH, et naturellement contre l’avortement. (Malheureusement, il est entendu par d’autres illuminés (non catholiques) respectueux de l’«ordre de la création» ─ voir l’assassinat du médecin pratiquant des avortements aux Etats-Unis.)

Cela dit, malgré le pape, les Italiens ont aussi des catholiques drôlement bien. Par exemple les Missionari comboniani in Italia. Ces religieux lancent, ce samedi 20 juin, avec de très nombreuses associations, une action Permessi di soggiorno in nome di Dio. Pour une fois, se sont-ils dit sans doute, il faut que le nom de Dieu serve à quelque chose. Ils ont donc prévu de distribuer à tous les migrants, dans les rues de nombreuses villes, comme Palerme, Cosenza, Lecce, Padoue, Venise, Milan, Florence, Rovigo, Rome, des «permis de séjour au nom de Dieu» à tous les immigrés.

Le but est de dire «non aux recettes du libéralisme et au racisme». L’action est explicitement dirigée contre la loi Bossi-Fini-Mantovano (une loi extrêmement sévère, pour ne pas dire fasciste, contre l’immigration), et veut «défendre les droits des nouveaux esclaves, contre une loi préjudiciable aux droits fondamentaux de la personne humaine et expression d’un gouvernement et d’une société incapable d’accueillir, de reconnaître et de prendre en considération la richesse et les ressources humaine dont tous les migrants sont porteurs».

italie29597J’aimerais bien sourire de ce permis délivré par le «ministère du règne de Dieu», fac simile un peu mièvre d’un document officiel. Je suis athée depuis trois générations, et pourtant cette initiative m’émeut. Ils ont de lourds antécédents, ces Missionari, fondés au XIXe siècle pour aller évangéliser les païens d’Afrique, d’Asie et des Amériques. Mais aujourd’hui, en Italie, ils ne s’écrasent pas. Ils y vont, fidèles à la tâche qu’ils se sont donnée «d’ouvrir les églises locales et la société italienne» à la solidarité avec les groupes minoritaires et socialement marginalisés.

Je leur souhaite vraiment de réussir à convaincre quelques vrais catholiques que Dieu n’est pas raciste, lui.

Je me demande s’ils apprécient vraiment Benoïte Ixvii, ces Missionari comboiani…

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