hotel-de-ville-heilbronnLe Bureau vaudois de l’égalité entre les femmes et les hommes organise tout prochainement à Lausanne une conférence sur l’existence des garderies sous le titre «Quand le travail coûte plus qu’il ne rapporte. Impact de la fiscalité et des frais de crèche sur l’activité professionnelle des femmes». C’est le thème de la recherche effectuée par une professeure de l’université de St-Gall, Monika Bütler. Celle-ci a établi que pour les femmes mariées et mères de deux enfants, notamment, les frais de garde cumulés aux impôts coûtent trop cher. Ces femmes n’ont donc aucun intérêt (financier) à travailler plus de trois jours par semaine.

Ce sont sans doute des raisons similaires qui ont conduit la ville de Heilbronn, ville du sud de l’Allemagne, au bord du Neckar, à offrir aux familles qui l’habitent la gratuité totale des garderies. C’est le quotidien junge Welt qui le raconte dans son édition du 2 mars dernier, sous le titre en forme de clin d’oeil de «Presque comme sous le socialisme». (junge Welt est un ancien journal est-allemand, qui survit sous le régime capitaliste sauvage grâce à son rachat par diverses associations et syndicats.)

Heilbronn est la première grande ville à renoncer, depuis maintenant un an, à tout financement direct de la garde de leurs petits enfants par les parents. Cela lui coûte quelque chose comme 2,7 millions d’euros par an et, selon le maire, «c’est la baisse d’impôts la plus importante qu’il y a jamais eu». En effet, les parents économisent entre 700 et 1700 euros par année. Du coup, les jeunes familles affluent. Actuellement, la ville compte 121’000 habitants et selon le journal, 98% des petits Heilbronnais de l’âge idoine sont accueillis dans une centaine de crèches ou de garderies. Sur la totalité, 38 structures sont  municipales. Mais l’exonération des frais de garde (qui ne sont évidemment pas gratuits, puisqu’ils sont payés par l’impôt), concerne aussi les 68 établissements privés.

Ce n’est pas tout: comme les autorités municipales de Heilbronn ont vraiment quelque chose entre les deux oreilles, elles ont compris qu’il fallait investir dans l’éducation et l’instruction précoce des enfants,  prévention réellement efficace de l’échec scolaire, cause importante de la déréliction de certains adolescents. Presque 66% des enfants accueillis dans les structures sont des enfants de migrants, qui  représentent 46% de la population totale. Un jardin d’enfants bilingue, turc-allemand, a donc été créé, le personnel a été augmenté, de nouvelles places de travail vont encore être créées.  Du coup, la capacité linguistique des enfants à qui les accueillants parlent leur langue maternelle a beaucoup augmenté, ouvrant des perspectives réjouissantes pour leur réussite future.

Qu’est-ce que ce serait bien si des villes suisses, Lausanne par exemple, s’inspiraient de cette initiative! Que voilà un bon combat pour les députés socialistes au Grand Conseil vaudois : au lieu d’accepter des baisses d’impôts massives pour les riches dans le but de préserver quelques cacahuètes pour les familles, ces baisses pourraient prendre la forme de l’exonération totale des frais de garde des enfants. Cette mesure, au moins, ne pue pas  l’assistance sociale aux nantis, comme le dernier paquet ficelé par ce cher M. (Ramina)-Broulis ─ et déplorablement accepté lors des dernières votations…

Image: Hôtel de Ville de Heilbronn

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