180px-roma_flagsvgLa presse ─ 24 heures de vendredi 16 janvier, en l’occurrence ─ rapporte une nouvelle ignominie des autorités genevoises : la police (elle agit sur ordre, évidemment) a traqué pendant toute une journée des mendiants rroms, frétant même un car pour les ramener gratuitement en Roumanie ─ dont les Rroms n’ont pas voulu. Argument du lieutenant de police pour justifier cette intervention: les «doléances fréquentes» à propos de ces gens.

Premier canton romand à sauter le pas, Genève a promulgué une loi interdisant la mendicité. C’est une application typique de NIMBY, le Not In My Backyard ─ « pas dans mon arrière-cour » ─ des Anglo-saxons. Non, non, nous n’avons rien contre ces gens, simplement nous ne voulons pas les voir! Qu’ils aillent mendier ailleurs, ici c’est interdit, nous sommes propres! C’est aussi une manifestation abjecte de la pensée magique : si ces sales pauvres disparaissent de ma vue, ils n’existeront plus.De leur sort, je me lave les mains.

Mesemrom, l’association de défense des Rroms, a bien recouru au Tribunal fédéral contre cette loi, mais celui-ci l’a déboutée, le 9 mai 2008. D’après les journaux d’alors, «la Cour [a invoqué] l’intérêt public et le respect du principe de proportionnalité et estime que cette interdiction est une restriction admissible de la garantie de la liberté personnelle». Vraiment, il y en a qui ne manquent pas d’air ! C’est vrai aussi que le Tribunal fédéral n’est pas là pour être juste au sens de la justice, mais pour être en phase, dans ses jurisprudences, avec l’idéologie dominante. Et l’idéologie dominante, elle pue. D’autant plus que les juges, qui ne sont pas franchement des prolétaires, s’en foutent: les victimes de leur loi, ce sont des pauvres, peut-être les plus pauvres de tous les Européens. Et surtout les plus frappés par le racisme. Quel rapport peuvent-ils bien avoir avec la vie d’un juge fédéral ?

Grâce à cette décision du Tribunal fédéral, dorénavant, toute personne prise en flagrant délit de mendicité dans le canton de Genève est amendable. La police a non seulement le droit, mais le devoir, de faire les poches du mendiant pour lui piquer immédiatement la totalité du montant de l’amende, voire une partie ─ si les passants ont été pingres.

Alors voilà. L’autre jour, à Genève, 26 personnes, soit 14 hommes, 7 femmes et 5 enfants, ont été emmenés par la police en «salle de rétention», où des interprètes leur ont rappelé qu’ils «ne peuvent séjourner sur le territoire suisse sans moyens de subsistance». Ben oui : la Suisse est un pays riche. Vous ne voudriez pas qu’elle accueille des pauvres, sans blague ! La police a frété un bus de 40 places, qui les aurait ramenés gratuitement (notez le gratuitement, les Suisses sont généreux…) dans leur pays. Mais les Rroms arrêtés n’en ont pas voulu. L’histoire ne dit pas où ils s’en sont allés.

J’hésitais à approuver la reconduction de l’accord sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’Union européenne, tant l’Europe néolibérale et ses directives me font vomir. Mais cette accord sera étendu à la Bulgarie et à la Roumanie. J’ai immédiatement pris mon stylo et voté oui, en pensant à ces 26 Rroms genevois. Ils n’auront toujours pas le droit de mendier à Genève, c’est vrai. Mais ils pourront venir à Lausanne, où pour le moment, l’ignoble UDC n’est pas parvenue à faire interdire la mendicité…

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