Parole de politicienne radicale : « C’est très politiquement correct de s’offusquer d’un gag sur une femme. » Politiquement correct, donc ridicule. Pauvre dame !

Le Parti radical vaudois héberge quelques beaufs, ce n’est pas un scoop. La presse ─ c’est-à-dire 24 Heures, s’est agitée un brin ces jours:  le rédacteur de la Nouvelle Revue, l’immortelle feuille de chou du vieux parti bourgeois, fait de l’humour de caserne sur des politiciennes locales, de «gauche» comme de droite. Interpellée, en plein conflit de loyauté entre ses appartenances à son parti et à son genre, la présidente radicale, la pauvre, choisit son camp et renvoie le journaliste à son dogmatisme bien-pensant.

Cette réaction en dit long sur la réalité de l’égalité entre femmes et hommes dans la mouvance radicale (je ne dis pas que c’est beaucoup mieux dans les partis de gauche, hélas !). En effet, Mme Christelle Luisier pratique là ce que Sandor Ferenczi, le psychanalyste copain de Freud, désigne comme identification avec l’agresseur : elle minimise l’insulte qui lui est faite et retourne la critique au journaliste, coupable de « politiquement correct », ce concept inventé pour disqualifier les mouvements de défense des dominés, contre le sexisme, le racisme, l’homophobie, etc.

Mais l’identification avec l’agresseur, c’est la réaction de défense psychique des enfants maltraités, tellement submergés par le pouvoir de l’adulte qu’il leur est impossible de protester, ne serait-ce qu’en pensée. Visiblement, Mme Luisier ne proteste pas, même pas en pensée. Quant au « politiquement correct » ─ « pc » pour les intimes ─, la revue Vacarme (1) a donné, de cette notion insaisissable, une définition qu’il vaut la peine de faire connaître:

«Politiquement corrects : le sous-commandant Marcos et Mgr Gaillot, Greenpeace et Act Up, le droit à la différence et l’injonction à la tolérance, le respect de son corps, au prix d’une diététique tyrannique et celui du corps des autres, fussent-ils obèses, le recyclage du verre et du papier, l’interdiction de juger toutes sortes de pratiques individuelles qui ne nuisent à personne et la nécessité d’évaluer toutes sortes de pratiques individuelles qui nuisent à ceux qui s’y adonnent, etc. Les acceptions de la locution sont devenues si nombreuses qu’elle menace de s’écrouler sous leur poids. Pourtant, dans la queue de la comète, on discerne encore quelques idées-clé, une série de clichés qui accompagnent en chapelet la mouvance pc : puritanisme, censure, dogmatisme, dictature des minorités, réduction de toute forme de singularité à une loi communautaire, écrasement du devenir minoritaire sous un fantasme de pouvoir et de normalité. L’inventaire est fait d’avance et récité par coeur. Dites « politiquement correct », ce paysage surgit instantanément : il a été élaboré dans les colonnes de tous les journaux, de droite comme de gauche. Il est immédiatement répulsif.»

Les femmes radicales ont encore un long chemin à parcourir si elles veulent nous convaincre qu’elles défendent la cause des femmes… Quant au rédacteur, il est aussi une figure courante dans les milieux bourgeois:  celle de ces anarchistes de droite, qui confondent l’exercice de la liberté de parole avec l’expression de leur seule vulgarité.

(1) Vacarme est une revue trimestrielle publiée sur papier et archivée en ligne, qui mène depuis 1997 une réflexion à la croisée de l’engagement politique, de l’expérimentation artistique et de la recherche scientifique.

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