Qui a dit ça ?

«Nous devons réfuter toutes les pleurnicheries contre le recours à la terreur par des arguments simples et évidents. La terreur est une arme de guerre. Nous menons un combat national et nous pouvons nous passer des états d’âme comme d’une rage de dents. Une bonne fois pour toutes : le terrorisme fait partie de la guerre politique.»

Qui a dit cette horreur? Oussama Ben Laden? Le mollah Omar? Baitullah Meshud, le chef de guerre pachtoune opérant au Waziristan (entre le Pakistan et l’Afghanistan), qui passe pour avoir organisé l’assassinat de Benazir Bhutto?

Quand ces propos inexcusables ont-ils été prononcés? Avant ou après le 11 septembre 2001? Avant ou après la guerre en Irak? Avant ou après la « montée de l’islamisme »? Rien de tout ça.

C’est M. Itzhak Shamir, ancien premier ministre d’Israël, qui l’a dit. Il l’a dit, et même écrit, en 1943. D’accord, c’était longtemps avant d’être premier ministre.

Selon Eric Hazan, écrivain, juif lui-même et directeur des éditions La Fabrique, l’auteur de cette profession de foi guerrière faisait alors partie du groupe Stern – «cette petite bande de gangsters», n’hésite pas à écrire Hazan – qui assassinera cinq ans plus tard le comte Bernadotte, médiateur de l’ONU. On trouve cette information – ainsi que beaucoup d’autres parfois très roboratives – dans sa Chronique de la guerre civile (1).

Je diffuse cette citation parce que j’ai entendu aujourd’hui, presque ensevelie sous le tombereau habituel d’informations tellement simplifiées qu’elles en deviennent mensongères, de futilités, d’ignominies, de nouvelles obligées sur le sport, qu’un bébé avait été tué à Gaza. C’était sans doute un terroriste. Si ce n’était lui, c’était sans doute son frère. On peut être sûr que les forces d’occupation israéliennes déplorent cet incident, dû à une erreur, un canon de mitraillette enrayé, une mauvaise compréhension des ordres, etc. Mais que voulez-vous, la lutte contre le terrorisme a ses nécessités… L’armée ne manquera pas de faire une enquête et de sanctionner les coupables s’il s’avère, blablabla…

A part le bébé, les Forces d’occupation israéliennes ont pratiqué, mercredi 27 février, cinq exécutions extra-judiciaires sur des membres des «Brigades Izziddin al-Qassam» (l’aile militaire du Hamas). Les jeunes combattants étaient tous âgés de 19 à 26 ans.

En outre, selon le Palestinian Centre for Human Rights, entre le 21 et le 27 février, les forces israéliennes d’occupation ont
tué 20 Palestiniens dans la bande de Gaza, dont trois enfants et un vieillard
blessé à l’arme à feu 28 Palestiniens, la plupart des civils, dont un militant international des droits humiains
détruit 3 ateliers et 2 immeubles
• mené 36 incursions dans les communautés palestiniennes en Cisjordanie et 2 dans la bande de Gaza
arrêté 67 civils en Cisjordanie et 3 à Gaza
• transformé 4 maisons en sites militaires
confisqué 900 donums (1 donum = 1388 m2) de terre agricole près de villages au sud-ouest d’Hébron

Je me demande pourquoi je m’énerve: l’armée israélienne ne fait là que poursuivre le programme politique énoncé en 1943 par le futur premier ministre…

(1) Eric Hazan, Chronique de la guerre civile, La Fabrique éditions, Paris, 2003, p. 54.

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