Je viens de terminer la lecture de Le 210e jour, de Natsumé Sosêki. C’est le deuxième livre que je lis de cet auteur. L’été dernier, faisant de l’ordre dans des livres hérités d’une vieille amie, j’ai découvert Oreiller d’herbe. J’en ai été tellement éblouie que je  l’ai immédiatement offert à deux amis (un exemplaire à chacun, bien sûr!). Je sais, je retarde, et j’étale ici mon inculture. Tant pis.  J’ai appris, depuis, que Sosêki est un des plus grands écrivains japonais, qu’il était professeur de littérature anglaise à Tokyo, qu’il est mort en 1916, et que son portrait a même décoré des billets de banque.

Le 210e jour (*), c’est un tout petit livre, 100 pages à peine en assez gros caractères. Un livre à lire dans le bus, dans la baignoire, dans la queue à la Poste. Il raconte, presque uniquement sous forme de dialogues, les préparatifs de deux amis installés dans une auberge de montagne, qui ont décidé de faire l’ascension du mont Aso, un volcan en activité. Le moment semble mal choisi: le 210e jour tombe en pleine période des typhons, paraît-il.

Les deux amis parlent, se racontent un peu, médisent, débattent de leur itinéraire du lendemain et de leur conception du monde, prévoient ce qu’ils vont manger avant le départ ─ les nouilles udon donnent mal au ventre au plus soucieux des deux ─ prennent un bain et boivent un peu de bière. Ils commenceront l’ascension du mont Aso, se perdront dans les herbes sous la pluie, se disputeront. Et resteront amis.

Au bout de quelques pages de dialogues un peu absurdes, comme souvent la conversation à bâtons rompus, on ne sait plus qui parle : est-ce Roku, le maigrelet soucieux (du moins est-ce ainsi que je l’ai imaginé) ? Ou est-ce Kei, le balèze, fils de marchand de tofù, ennemi des riches et des bourgeois? Tant pis. J’ai trouvé cette légère confusion délicieuse.

Oreiller d’herbe (*) est plus long, plus dense. C’est la méditation d’un peintre qui passe deux semaines seul dans un hôtel de montagne pour réfléchir à son art. Pourquoi créer ? Que peindre ? Qu’est-ce qui fait qu’un portrait devient une œuvre d’art? C’est le début du printemps, la neige n’est pas tout à fait fondue, les premières fleurs percent la terre mouillée. Il marche dans la forêt, bavarde avec un charretier, observe la fille de l’aubergiste, et regarde. Il ne peint rien, il écrit des haiku et calligraphie des poèmes en chinois… De très loin arrivent les échos de la guerre entre le Japon et la Russie encore impériale… On est en 1905.

Voilà : il faut lire Sosêki. Ses livres sont publiés aux éditions Rivages, et fort bien traduits, pour autant que je puisse en juger.

Natsumé Sosêki, Le 210e jour, Ed. Rivages poche, Paris, 1999, 103 p. ; Oreiller d’herbe, Rivages poche, paris, 1989,

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