Elle est trop bonne, je ne résiste pas! Une dépêche de l’Agence France Presse l’annonce: « Un accord à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur la libéralisation du commerce mondial serait le meilleur moyen d’écarter le risque protectionniste accru par la crise financière mondiale, a estimé vendredi le directeur général de l’institution, Pascal Lamy », accessoirement en villégiature à Davos. C’est moi qui souligne.

Bon, on commence par respirer. Et par récapituler.

L’OMC, c’est cette organisation réunissant quelque 150 pays qui se charge de déréguler l’économie à fond les manettes, selon les bons et éprouvés principes de la religion néo-libérale. Vous savez, celle qui doit apporter paix et prospérité à tous. Bon, l’OMC a quelques soucis ces temps, car le dernier cycle, celui dit de Doha, est bloqué pour cause de résistance de pays du Sud sur l’agriculture. Ben oui, il semble que quelques pays pauvres n’avaient pas envie, par exemple, que l’Europe inonde leurs marchés (leurs vrais marchés, donc, avec des étals dans la rue) de camelote à des prix cassés alors que leurs propres produits se trouvent du coup beaucoup trop chers pour leurs habitants.

M. Pascal Lamy, c’est un socialiste. Oui, vous avez bien lu. D’accord, c’est un socialiste français. Tendance Dominique Strauss-Kahn, ce socialiste tout neuf directeur du Fonds Monétaire international (FMI), avec la bénédiction de M. Sarkozy Nicolas, amen. Des socialistes pas trop prêts à défendre la veuve, l’orphelin et le travailleur, avec ou sans papiers.

Davos, c’est Davos, cet endroit où les riches, les puissants, les gouvernants, les financiers etc. viennent passer quelques jours en janvier sous une bonne garde armée jusqu’aux dents. Je n’allonge pas, la presse s’en charge.

Bref, M. Lamy dit, sans rire, qu’il faut prendre des mesures afin d’écarter le risque protectionniste accru par la crise financière mondiale. Oui, car « le risque du protectionnisme serait plus élevé s’il devait y avoir une récession », a averti M. Lamy, confinant au génie.

Je ne sais pas vous, mais moi j’ai toujours cru que nous vivions une ère où le protectionnisme était courageusement combattu par nos courageux gouvernements (surtout chez les autres, évidemment), au nom de la liberté et de l’omniscience spontanée du marché. Seules garanties de la juste répartition des richesses, donc de la prospérité pour tous. Disent-ils. D’ailleurs nous le vérifions tous les jours, n’est-ce pas?

Mais voilà que patatras! J’entends à l’instant à la radio une dame française, ancienne interdite bancaire pour avoir creusé son compte de quelques dizaines d’euros, rire aux éclats des milliards envolés de la Société générale. Bref, malgré la lutte courageuse menée depuis trente ans contre l’horreur protectionniste, c’est le krach, la crise, la crisette, des milliards de francs, d’euros et de dollars s’évaporent (on suppose qu’ils ne sont pas perdus pour tout le monde). Les banques pâlissent d’effroi, leurs directeurs se tortillent devant les micros, mentent comme des arracheurs de dents sur toutes les chaînes télé, etc., disent que ce n’est pas leur faute, qu’ils ont fait tout juste, c’est seulement des affreux qui n’ont pas respecté les règles, et toute cette sorte de choses. Haha.

Je ne sais pas vous, mais moi j’ai toujours cru que ce qui menaçait les marchés financiers, ces temps, c’était justement la dérégulation. D’ailleurs il me semble avoir entendu certains experts se répandre dans la presse en appelant à plus de contrôle. Plus de protectionnisme, ai-je cru comprendre. Eh bien non, je n’avais rien compris, m’explique M. Lamy. Le protectionnisme c’est le diable, surtout quand il y a une crise. Croire qu’elle est due à trop de dérégulation des marchés financiers est une erreur, la seule solution c’est encore plus de dérégulation.

Je me souviens pourtant d’avoir lu il y a quelques années le célèbre opuscule de Paul Watzlawick « Faites vous-même votre malheur »(*). Une parodie des manuels de conseils psychologiques pratiques où l’auteur égrène quelques recettes connues et imparables pour s’emmêler durablement les pieds dans le tapis. Par exemple recommencer encore et encore selon la même méthode après qu’elle a échoué à résoudre un problème. Il appelle ça: « Encore un peu plus de la même chose ».

Je ne sais pas si M. Lamy fera son malheur, mais je devine déjà qu’il fera celui de quelques-uns.

(*) Paul Watzlawick, Faites vous-mêmes votre malheur, Paris, Ed. Seuil, 1985.

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