Impossible d’échapper à la grande fête de la solidarité sportive de l’été 2008. Le voudrait-on, on ne pourrait pas. Même les enfants de nos écoles voient leur vie changée à cause des matches. Donc leurs enseignants et leurs parents aussi. Et, d’ailleurs, de tous les usagers des CFF. C’est une information parue sur la lettre de la Direction générale de l’enseignement obligatoire du Département de la formation et de la jeunesse du canton de Vaud (ouf) qui le dit.

La consigne est transmise en ces termes:

«La Direction des CFF nous informe qu’aux dates des matchs répertoriés ci-contre, et qui se dérouleront en Suisse durant la période scolaire, il faut s’attendre à une circulation intense sur les axes concernés. En particulier, il ne sera pas possible de faire des réservations sur ces parcours. En conséquence et par mesure de précaution, les courses d’école ne seront pas autorisées aux dates ci-contre: lundi 9 juin 2008, mercredi 11 juin 2008, vendredi 13 juin 2008, mardi 17 juin 2008, jeudi 19 juin 2008, mercredi 25 juin 2008.»

C’est moi qui souligne. Voilà, c’est comme ça, les trains seront bondés, il faut laisser la place pour les supporters. L’histoire ne dit pas si Madame la conseillère d’Etat et cheffe du département concerné Anne-Catherine Lyon a un avis sur la question, si elle aime le foot ou si elle plaint les enseignants. Ceux-ci seront bien forcés d’organiser les courses d’école entre le 26 juin et le 4 juillet. Car la DGEO est claire : dès l’école primaire, les courses d’école se font en juin. Les établissements s’organisent et fixent un jour unique afin d’éviter de remplacer les enseignants. Débrouillez-vous. Point. En partance pour les chutes du Rhin, le Signal de Bougy, le Zoo de la Garenne ou le lac Tannay, des hordes d’élèves glapissant de joie et d’impatience, armés de sacs à dos pleins de sandwiches, d’anoraks contre la pluie, de bonnets contre le soleil, de chips et de bonbons poisseux, indispensable monnaie d’échange avec les copains, vont s’abattre comme des étourneaux dans les halls des gares. On souhaite beaucoup de courage aux enseignants …

Ce petit contre-temps scolaire n’est rien, sans doute. Et pourtant, c’est un signe. Car je ne sais pas vous, mais moi, les préparatifs fébriles de ce méga-super événement sportif de l’été, source de tellement de profits pour d’aucuns, ça m’énerve «grave», comme disent ceux qui parlent mal. Pire : ça m’angoisse. Ce n’est pas que j’en aie contre les footballeurs : ils m’indiffèrent. Ils jouent au ballon ou aiment regarder ceux qui jouent. Tant mieux pour eux, je les laisse s’exclamer devant des passes merveilleuses tant qu’ils me laissent lire mes livres et cliquer à mon gré sur Internet. Mais là, je flaire, tout au fond de l’air, un petit vent de totalitarisme. Qui prétend non seulement me forcer à considérer cette compétition européenne comme un événement mondialement décisif (?), qui va me gaver matin, midi, soir et nuit, d’informations dérisoires, occultant opportunément les basses manoeuvres antisociales de MM. Merz et Couchepin, mais prétend m’interdire de dire que cet engouement planétaire est suspect. J’exagère ? Que ceux qui, une fois, ont essayé de manifester la moindre réserve ou le moindre désintérêt pour la « grande fête du sport » osent dire le contraire…

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