Une jeune femme au léger accent vaudois vient de me passer à la question sur la prochaine réforme de la fiscalité des entreprises, deuxième épisode, sur laquelle nous allons voter le 24 février prochain. Rappelons que le Parlement a voté une loi, contestée par un référendum populaire, visant à améliorer les conditions fiscales des actionnaires, autrement dit et en résumé, à diminuer les impôts des plus riches, à soutenir la concurrence fiscale entre les cantons et à creuser un trou supplémentaire de plusieurs milliards de francs dans les caisses de l’Etat. Le gouvernement, lui, récite la vulgate libérale et invoque le soutien à la sacro-sainte croissance.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que gfs.bern, l’institut de recherche et de sondage mandaté, a concocté des questions tout aussi orientées que le résumé de la loi que je viens de faire plus haut. Je n’ai pas eu le réflexe de prendre des notes (je vais le faire au prochain sondage, promis), si bien qu’il faudra me croire sur parole. Sur la dizaine de questions à propos desquelles je devais dire si j’étais un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout d’accord, il y en avait bien neuf qui postulaient l’approbation de la réforme chez les sondés. Evidemment, je ne me suis pas privée de dire que je n’étais pas du tout d’accord avec l’assertion selon laquelle la réforme de la fiscalité allait favoriser la croissance (ou l’investissement, ou les emplois), ou qu’il ne fallait taxer que les actionnaires qui détenaient plus de 10% du capital, ou que la fiscalité actuelle nuisait aux PME… Une des questions portait aussi sur ma prédiction du pourcentage d’acceptation de la loi en votation. Pour mesurer la résignation des sondés, peut-être?

Bon, là, je vous le fais de mémoire. J’ai bien essayé de retrouver le libellé des questions, sachant que la manière dont celles-ci sont posées influencent largement les réponses des sondés – et donc les analyses politiques de l’opinion. J’ai donc appelé gfs.bern, où un monsieur charmant s’est engagé à me communiquer le questionnaire par courriel. Peu de temps après, il s’excusait de me décevoir. Il n’est pas permis de communiquer ces questionnaires au public, pour des raisons de réglementation des droits d’auteur: « Si nous les publions, nous courons le risque que des instituts concurrents utilisent le même questionnaire, s’épargnant ainsi le travail d’en construire un eux-mêmes… »

J’ai très mauvais esprit, dans ce domaine. Sans mettre en doute la sincérité du charmant monsieur de gfs.bern, je subodore que si les questions des sondages étaient connues, les citoyens s’apercevraient que les sondages sont bien plus un mode de manipulation politique qu’un instrument de connaissance de l’opinion publique. Qui n’existe pas, bien sûr.

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