Le Parlement de Lituanie, ce pays balte et catholique, membre de l’Union européenne, vient de voter une loi réinstaurant l’interdiction totale de l’avortement. C’est déjà une nouvelle terrible. Pire encore: elle n’est reprise nulle part, par aucun média, et on ne la trouve pas sur Internet. Il aura fallu une dose importante d’indignation pour inaugurer ce blogue, qui m’attend, inerte, depuis un mois. J’aurais préféré un billet plus gai… Mais tant pis.

A l’initiative de la minorité polonaise, le Parlement lituanien veut réinstaurer l’interdiction totale de l’avortement. La nouvelle, diffusée par un réseau de féministes allemandes, est tombée un de ces dernières nuits dans ma boîte à courriels. C’est la copie conforme de celle promulguée en Pologne, où l’interruption de grossesse n’est admise que pour des raisons médicales strictes, de viol, d’inceste ou d’anomalie du fœtus. Jusqu’ici, les femmes lituaniennes pouvaient interrompre leur grossesse légalement jusqu’à 12 semaines, et ce délai pouvait être prolongé sur indication médicale. De nombreuses jeunes filles recouraient à l’avortement comme méthode contraceptive, faute de connaître ou de pouvoir se payer des moyens moins brutaux. Des associations de planification familiale s’en étaient émues, recommandant une meilleure information sexuelle.

Plus glaçant encore : la nouvelle n’est reprise nulle part, par aucun media en allemand, en anglais, en français. Pourtant la loi était en préparation depuis un bon mois. L’extrême-droite, qui hait aussi l’indépendance des femmes – et pas seulement dans les anciens pays du communisme de caserne – a pour l’heure gagné la course, déterminée à appliquer aux femmes européennes la théorie du domino : en matière d’avortement, les pays doivent tomber un à un et encercler les irréductibles. Voilà pourquoi, nous ne devons pas nous croire à l’abri, même en Suisse…

La loi n’a été adoptée qu’en première lecture, il y en aura une seconde avant la promulgation définitive. Il est encore possible d’éviter aux femmes lituaniennes l’horreur que vivaient par exemple les Françaises il y a 30 ans, en empêchant quelques dizaines de parlementaires réactionnaires d’agir en secret. Alors faisons passer la nouvelle.

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