Aline Testuz blogue

février 11, 2008

De la moule verte à Omnicom Group Holding

C’est mon nouveau truc pour transformer en quelque chose de positif le harcèlement incessant des sociétés de télé-marketing: je cherche qui m’appelle, pour de vrai. Et je trouve des trucs tout à fait croquignolets. C’est un peu long, mais le résultat en vaut la peine! Jugez plutôt.

Avant, je faisais comme beaucoup de monde: je voyais les démarcheuses téléphoniques arriver avec leurs grands pieds pour me fourguer des alicaments ou des produits miracles contre les acariens, et je disais très vite que ça ne m’intéressait pas, avant de raccrocher. A la limite de la grossièreté. Ensuite, j’ai monté les enchères et fait dans la provocation, racontant que je fumais, buvais, mangeais du foie gras, haïssais la culture physique et adorais la vie malsaine (ce qui est vrai). Ajoutant que je ne tuais jamais une araignée (ce qui est vrai aussi). Désarçonnées - ou excédées - les dames raccrochaient parfois d’elles-mêmes.

Plus tard, alors que le harcèlement devenait presque quotidien, j’ai lu le billet d’une blogueuse française racontant qu’elle avait fait ce job quand elle était chômeuse et complètement dans la mouise. Elle évoquait les salaires miteux, dont une partie est à la commission, le stress des écoutes de contrôle, les remontrances du chef quand on n’a pas bien servi le message pré-écrit, les injures des clients, les téléphones raccrochés brutalement. Elle demandait à ses lecteurs, en mémoire de sa galère, de parler poliment aux dames (car ce sont évidemment des femmes qui travaillent majoritairement dans ce secteur d’exploitation).

Changer les rôles, poser des questions

J’ai obéi, j’ai laissé les dames débiter leur tirade avant de leur dire que je ne répondais jamais à une sollicitation commerciale par téléphone. Polie. Mais c’est terriblement ennuyeux! C’est pourquoi, maintenant, j’écoute, mais je pose aussi des questions.

Par exemple, aujourd’hui, une dame charmante (et intelligente) appelant depuis le centre d’appel Sekoya à Neuchâtel m’a proposé une cure de six mois pour mes cartilages altérés par l’âge: un complément alimentaire sous forme de gélules à base de moule verte de Nouvelle-Zélande. Le tout pour 540 francs. Je pouvais aussi payer en six fois, mais alors je n’avais pas le gel de massage en cadeau. Les gélules sont commercialisées ─ et non produites, comme le disait la dame ─ par UB Interpharm à Carouge. Là, rien de bien intéressant: business as usual, vente de poudres de perlimpin à des prix conséquents, si ça ne fait pas de bien, au moins on peut supposer que ça ne fait pas de mal. (Mais j’irai y voir de plus près une fois ou l’autre.)

J’ai donc cherché qui est Sekoya. Au détour d’une inscription, j’ai relevé une modification toute récente dans les resopnsables propriétaires de l’entreprise, puisqu’elle date du 7 janvier 2008: «Omnicom SA, qui n’est plus associée, cède sa part de CHF 20′000 à Omnicom Group Holding AG, à Schwende, nouvelle associée sans signature.» Schwende, c’est à Appenzell. C’est comment, les conditions fiscales à Appenzell?

C’est de la «communication hors médias»

Le site d’observation des entreprises, Transnationales.org s’occupe d’Omnicom, le premier réseau de pub mondial. Daytona, une société d’Omnicom en France, le présente ainsi: «Fondée en 1986, Omnicom Group est une holding stratégique regroupant des sociétés leaders intervenant dans les domaines de la publicité, du marketing services, de la communication spécialisée, des médias interactifs et de l’achat d’espace. Le Groupe Omnicom est composé d’environ 650 sociétés, est présent dans une centaine de pays, emploie environ 57 600 personnes, et compte plus de 5000 clients. Omnicom est le numéro 1 mondial des médias avec un chiffre d’affaires en 2004 de 9.747 milliards de dollars et une progression de 13% de son activité versus 2003. Le Groupe segmente son offre en deux parties: la communication traditionnelle et la communication hors médias.» En clair, Omnicom fait dans la téléphonie mobile ─ avec succès ─  dans la pub, dans l’Internet, dans la fabrication de propagande et dans le marketing de produits de toute sorte.

La dame du téléphone m’a dit que Sekoya lui versait un salaire fixe, qui pouvait être augmenté en fonction des résultats commerciaux qu’elle obtenait. Omnicom Group Holding, qui possède de très loin Sekoya, appartient à une dizaine de sociétés financières et autres d’un tonneau voisin, la plupart américaines, avec une britannique et une canadienne. Elle est connue pour s’être établie dans 13 paradis fiscaux et s’être rendue coupable de deux actes de délinquance financière (évasion financière, fraude fiscale, comptes secrets, etc.). Ses bénéfices cumulés depuis 1998 se montent à plus de 1 milliard de dollars. Son dirigeant gagne 274 fois le salaire minimum aux Etats-Unis d’Amérique, qui est actuellement de 6 dollars brut de l’heure.

Il n’y a pas de petit profit. Longue vie aux moules vertes de Nouvelle-Zélande!

3 commentaires »

  1. Ben dis donc, à côté de ces toiles d’ araignées, tissées en secret, “1984″ avec son bon vieux big brother… c’est même pas la semaine de Suzette.

    Commentaire par Vanille — février 12, 2008 @ 9:00

  2. Texte éclairant les zones obscures du libéralisme anglo-saxon.
    Mais le harcèlement au téléphone est assez facile à éviter.

    Commentaire par jipé — mars 17, 2008 @ 6:05

  3. @jipé
    Sans doute, sans doute, mais si tu nous disais comment éviter facilement le harcèlement par téléphone sans humilier les téléphonistes elles aussi harcelées par leurs petits chefs? Je m’inscris tout de suite!

    Commentaire par alinetestuz — mars 17, 2008 @ 7:18

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